Isabelle Ricq


Lettre à Bruno Manser

L’implacable chaleur de la côte paraît bien loin lorsque l’on pose pied sur le tarmac du minuscule aéroport de Bario. Nous avons quitté la ville de Miri une trentaine de minutes auparavant pour rejoindre ce village juché sur un haut plateau des montagnes de Bornéo, isolé de toute route jusqu’en 2010. Ici, les peuples Kelabit et Penan cohabitent depuis des centaines d’années, les uns cultivant le sol le plus fertile du Sarawak, les autres arpentant les forêts alentours.

Le 23 mai 2000, l'activiste suisse Bruno Manser y rédigeait une lettre qui demeure à ce jour son dernier signe de vie. Il l'adressa à sa compagne restée en Europe, et la posta depuis ce village de Malaisie orientale.

Après avoir vécu six ans au sein du peuple Penan, après avoir partagé et initié certains de leurs combats contre des compagnies forestières et après que sa tête fut mise à prix par les autorités locales, Bruno Manser disparut sans laisser de traces. Il fut officiellement déclaré mort en 2005.

Nous ne nous avancerons pas sur la destinée qui fut la sienne. Les récits de ceux qui l'auraient vu, des années plus tard, parcourir les mêmes sentiers des hauts plateaux kelabit, témoignent de la trace laissée ici par les luttes de Manser.

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas son histoire ni celle de la région, nous en retracerons les grandes lignes au fil de nos images.
À Bruno Manser, nous adressons cette lettre photographique depuis Bario, où nous avons pu constater l'actualité de ses revendications et la progression de ses ennemis d’hier.

Ce travail a été réalisé avec Christian Tochtermann.

Le livre Lettre à Bruno Manser est disponible chez
Sturm & Drang Publishers.

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